Air France la saga – Air France à Orly
Certains aéroports possèdent un fort pouvoir évocateur. Prononcer leur nom suffit à convoquer une multitude d’images. Orly est de ceux-là. Orly décor de film, Orly où se succèdent les chefs d’état, Orly inaugurée par le général de Gaulle, Orly plateforme de la jet set… Images qui renvoient au fond aux seules années 60. Une période courte dans la vie d’Orly, dont la vocation d’aéroport s’est dessinée bien plus tôt, sous l’impulsion des Américains.
En 1918, l’armée américaine qui vient d’entrer en guerre implante une base aérienne à 14 km au sud de Paris, près d’un village bordé d’une vaste plaine. La base d’Orly est née. Mais jusqu’en 1952, le Bourget reste l’aéroport principal de Paris. Entretemps, Orly se développe, se dote d’une petite aérogare, accueille de nombreuses manifestations aéronautiques. La Marine française s’y installe, construit deux énormes hangars à dirigeables. Occupé par les Allemands puis par les Alliés pendant la Seconde guerre mondiale, l’aérodrome est réaménagé avant d’être restitué aux autorités françaises en 1946. Elles confient son exploitation à un nouvel établissement public, Aéroport de Paris.
Une place forte du trafic transatlantique
Orly suscite d’immenses espoirs. Un projet grandiose est envisagé, l’« Aéroville », un aéroport vaste comme trois fois Roissy-Charles de Gaulle. Même si l’idée reste finalement dans les cartons, les travaux d’étude ont montré le potentiel du site. Le 5 février 1946, il a les honneurs d’un Lockheed Constellation de la TWA en provenance de New York. C’est le premier vol régulier de l’après-guerre entre New York et l’Europe. Tout un symbole. Orly devient une place forte des échanges aériens Europe-Amérique. Air France en fait sa base « long-courriers ». Le 1er juillet de la même année, elle inaugure ici-même sa propre ligne Paris-New York en DC-4. L’aérodrome se modernise. On ouvre de nouvelles pistes ; l’aérogare d’Orly-nord est inaugurée en 1948. Elle peut traiter six avions en même temps. Son parking automobile peut accueillir… 50 voitures.
Une « fenêtre » sur le monde
Depuis Le Bourget et Orly, ses deux aéroports parisiens, Air France prend son envol. Orly fait rêver. C’est une « fenêtre » sur le monde, le symbole d’un nouvel art du voyage, l’escale cosmopolite par excellence, où se croisent les représentants de la haute société et les hôtesses de l’air, nouvellement apparues sur les longs courriers.
Le trafic augmente de 35% par an entre 1946 et 1950. En 1952, Orly accueille 1,2 millions de passagers. Deux fois plus que le Bourget. Cette année-là, Air France quitte son aéroport historique, et transfère au sud de Paris l’intégralité de son activité. Avec Orly, Air France dispose désormais d’un vaste aéroport à la mesure de ses ambitions.