Air France la saga


 

Air France la saga


Les ailes de la renommée

Posted on Samedi 9 mai 2009 at 16 h 24 min and filed under Magazine.

Pendant les Trente Glorieuses, la Caravelle fait redécoller le prestige de la France.Rapide, sûr et silencieux, le premier moyen-courrier à réacteurs est le symbole d’un âge heureux. Par Marc Branchu

Cinquante ans après son premier vol sur les lignes d’Air France, la Caravelle reste une légende, au nom tiré d’un poème de José Maria de Heredia sur les conquistadors, original pour un avionneur d’ordinaire plus enclin à associer marque et numéro de série – Douglas DC-3, Boeing 707… Elle n’a rien d’impressionnant – les gros-porteurs actuels font deux fois sa taille – et connaît un modeste succès commercial – 282 exemplaires vendus, quand près de 2000 Boeing 727 déferlent sur les aéroports du monde. Mais sa silhouette est unique : ligne gracieuse, réacteurs à l’arrière du fuselage, hublots ovoïdes et escalier rétractable.

Nom de code X-210 Tout commence en 1951. Américains et Britanniques dominent l’industrie aéronautique. Les compagnies aériennes n’ont d’yeux que pour le Comet de De Havilland, premier avion civil à réaction du monde. Sa mise en service est une question de mois. Une révolution venue d’outre-Manche, plutôt mal vécue au pays de Clément Ader et Louis Blériot. Le 12 octobre 1951, les autorités françaises lancent aux constructeurs tricolores un défi : concevoir un avion capable de transporter 60 passagers sur 2 000 km, à raison de 800 km/h. Vingt-cinq dossiers sont présentés. Celui de la Société nationale de constructions aéronautiques du Sud-Est (SNCASE) à Toulouse est retenu. Nom de code du projet : X-210 – bientôt rebaptisé Caravelle, par Georges Héreil, le patron inspiré de la SNCASE.

Meilleur profil Le premier jet français est sur la rampe de lancement. Français  ? Pas seulement. Une partie de l’empennage et des ailerons sont italiens ; les réacteurs (Rolls-Royce) et le nez (inspiré du Comet) britanniques. Le tout est assemblé à Toulouse avec des tronçons livrés par des usines de Nantes, Saint-Nazaire ou Marignane – un avion presque européen, quinze ans avant Airbus ! Conçu par une équipe d’ingénieurs, Pierre Satre en tête, qui n’a qu’une idée : proposer un jet rigoureusement fiable. Et tirer les leçons de l’échec du Comet, qui accumule les déboires. Le 27 mai 1955, deux ans et plus de 20 000 dessins après le lancement du projet, un prototype décolle pour la première fois de l’aéroport de Toulouse-Blagnac. Moins d’un mois plus tard, la Caravelle assure le spectacle au Salon du Bourget ! Ses innovations impressionnent les observateurs. En particulier la position des réacteurs, qui réduisent les bruits et les vibrations en cabine et assurent un profil aérodynamique parfait.

Tournée à l’américaine Reste à convaincre les compagnies aériennes, d’abord sur le Vieux Continent. Air France se réjouit déjà à l’idée de déployer le biréacteur sur l’Europe et le bassin méditerranéen, relier Paris et Rome en deux heures – cinq avec un Vickers Viscount à hélice. Dès 1955, la Compagnie commande 12 exemplaires (elle en utilisera 54). Le Scandinavian Airlines System (SAS) lui emboîte le pas, avant que la Caravelle s’envole avec un équipage d’Air France pour une incroyable tournée sur le continent américain. Près de 50 000 km, 34 étapes, 60 vols de démonstration et pas une minute de retard sur les horaires annoncés. Un vrai succès populaire, mais un échec commercial cinglant – seule United Airlines commande une vingtaine d’appareils.

Alsace, Lorraine, Anjou… Qu’à cela ne tienne, la Caravelle est reconnue sur ses terres et devient l’ambassadrice de la France des Trente Glorieuses. Dès juin 1958, le général de Gaulle la choisit pour sesdéplacements présidentiels et lui rend régulièrement hommage, comme il l’a déjà fait lors de la visite d’une usine de la SNCASE (renommée Sud-Aviation) : « Vous faites partie d’une grande œuvre… la rapide, la sûre, la douce Caravelle, qui s’en va par le ciel, bientôt, dans tous les pays du monde, représenter la France et montrer ce qu’elle est capable de faire quand elle le veut. » Air France baptise ses premières Caravelle du nom des provinces françaises, Alsace, Lorraine, Anjou… Avant leur mise en service, elles multiplient les coups d’éclat. Le 16 avril 1959, l’une d’elles réalise un vol plané inédit de 265 km entre Orly et Dijon. Le lendemain, une autre est transformée en studio d’enregistrement, pour démontrer les qualités acoustiques de la cabine. A 10500 mètres, Sacha Distel enregistre plusieurs morceaux de Django Reinhardt. Une première mondiale !

Une extrême douceur Le 6 mai 1959, le jet fait ses grands débuts sur les lignes d’Air France. Son rayon d’action (2400 km), sa capacité (80 passagers dans la première version) et sa vitesse de croisière de 800 km/h en font le complément idéal du Boeing 707, qui entre en service presque au même moment sur les lignes long-courriers, motivant le slogan : « Les deux meilleurs jets sur le plus long réseau du monde. » Quant aux équipages, ils adoptent vite l’élégant esquif, malgré ses défauts. « La première impression, lorsque j’entrais dans le poste de pilotage de la Caravelle, c’était celle d’un désordre indescriptible d’instruments, se souvient Gérard Feldzer, ancien commandant de bord, aujourd’hui directeur du Musée de l’air et de l’espace. Mais l’atterrissage était particulièrement doux, à cause de l’“effet de sol” des ailes très basses, qui faisaient office de coussins d’air : le kiss landing (atterrissage doux, en langage de pilote) était quasiment assuré. »

Toute l’époque Indiscutable réussite technologique, la Caravelle est rapidement supplantée par les nouveaux Boeing 727 puis 737, plus performants et mieux équipés. Sud-Aviation (devenue ensuite Aérospatiale, puis EADS) ne relève pas le gant, portant alors ses efforts sur le Concorde, puis sur la mise au point d’un gros-porteur moyen-courrier, le premier Airbus (A300). La Caravelle reste au service d’Air France jusqu’en 1981 et d’Air Inter jusqu’en 1991. Après avoir durablement marqué son époque, inspirant chanteurs et cinéastes, elle incarne pour toujours la France des Beatles.

Bookmark and Share
 

All rights reserved - Air France / Collection Air France museum - Contact - E-shopping - Partners